RETRAITES – « La révolte inédite des professions libérales » – Retrouvez les propos de Jean-Luc FLABEAU, président de la Fédération Nationale ECF dans OPTION FINANCE

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RETRAITES – « La révolte inédite des professions libérales » – Retrouvez les propos de Jean-Luc FLABEAU, président de la Fédération Nationale ECF dans OPTION FINANCE

« Les avocats ne sont pas les seuls à se révolter. Le président du syndicat Experts-comptables de France (ECF), Jean-Luc Flabeau […] est tout aussi ulcéré de l’absence d’écoute de son ministère de tutelle. Comme les avocats, les experts-comptables entendent conserver leur régime autonome. Car eux aussi seraient perdants s’ils rejoignaient le régime général. »

OPTION FINANCE – OLIVIA DUFOUR :

Alors que le projet de réforme des retraites a été transmis au Conseil d’Etat, les avocats ont déclenché, le 6 janvier, une grève nationale pour protester contre la fin de leur régime autonome. Ils ne sont pas les seuls : la plupart des professions libérales refusent d’intégrer le régime universel.

Depuis l’été dernier, la colère des avocats contre la réforme des retraites monte en puissance. Ils sont même parvenus à fédérer autour d’eux, dans un collectif dénommé SOS Retraites, les médecins, les pilotes de ligne, les masseurs-kinésithérapeutes, les infirmières libérales ou encore les experts-comptables. En tout, plus d’une dizaine de professions libérales partagent le même objectif : maintenir leurs régimes autonomes. Et pour cause, ceux-ci sont bien gérés, adaptés aux spécificités de chaque profession, et ont su constituer par ailleurs d’importantes réserves.

S’agissant des avocats, chaque professionnel touche un minimum retraite de 1 400 euros, les réserves s’élèvent à 2 milliards d’euros, et le système est pérenne. Pour l’instant, on compte quatre actifs pour un retraité ; les actuaires prédisent que, en 2060, il y aura encore plus d’un actif pour un retraité. Le régime de base est garanti jusqu’en 2060, le complémentaire jusqu’en 2080. Par comparaison, on comptait en 2017 dans le régime spécial de la SNCF 143 000 actifs pour 261 000 bénéficiaires, selon les chiffres de la Cour des comptes. Mieux, au titre de la solidarité, la caisse des avocats a versé 2 milliards d’euros aux autres régimes en l’espace de vingt ans, dont 100 millions l’an dernier. S’ils rejoignent le régime universel, les avocats ont calculé que leurs cotisations allaient passer de 14 % à 28 %, ce qui sera particulièrement douloureux pour la moitié de la profession, dont le seuil de revenu est inférieur à 40 000 euros annuels. Et ce alors même que ce doublement des cotisations donnera droit à une retraite de base ramenée à 1 000 euros…

Un manque d’écoute

Le Conseil national des barreaux a décidé une grève nationale dure à compter du 6 janvier pour protester. Elle est suivie par la totalité des 164 barreaux de France et pourrait bien se prolonger au-delà du 13 janvier. En pratique, cela se traduit par des demandes de renvoi systématique dans toutes les audiences civiles et pénales. En clair, et sauf exception, les avocats ne mettent plus les pieds dans les palais de justice.

Un mouvement aussi long et aussi suivi sur l’ensemble du territoire est absolument sans précédent. Il traduit l’exaspération d’une profession qui n’a pas été entendue sur la réforme de la Justice et qui a subi par ailleurs la mise en place au 1er janvier de la nouvelle procédure civile dans des conditions de précipitation jugées inadmissibles. Surtout, les avocats ne supportent plus l’absence totale d’écoute de la part du gouvernement. Mais l’ampleur du mouvement pourrait changer la donne.

«La Chancellerie nous propose une réunion avec Laurent Pietraszewski, le secrétaire d’Etat chargé des retraites, qui pourrait se tenir en tout début de semaine. Cela montre que la mobilisation est loin d’être inutile, souligne la présidente de la Conférence des bâtonniers, Hélène Fontaine. On ne peut pas accepter de voir baisser notre retraite de base de 1 400 euros pour tous les avocats à 1 000 euros tandis qu’on augmentera nos cotisations. Nous ne coûtons rien, qu’on nous laisse gérer notre régime autonome.»

Une chute de 57 % pour les experts-comptables

Les avocats ne sont pas les seuls à se révolter. Le président du syndicat Experts-comptables de France (ECF), Jean-Luc Flabeau, qui est en charge, avec celui de l’Ifec (Institut français des experts-comptables), des négociations sur les retraites pour le compte de sa profession, est tout aussi ulcéré de l’absence d’écoute de son ministère de tutelle. Comme les avocats, les experts-comptables entendent conserver leur régime autonome. Car eux aussi seraient perdants s’ils rejoignaient le régime général.

Ainsi, en l’état, ils estiment qu’ils perdraient en moyenne 57 % de rendement (retraite perçue par rapport au montant cotisé), sans compter leurs réserves (1,7 milliard), dont ils redoutent d’être spoliés. «Bercy nous reçoit mais nous explique depuis des semaines qu’on ne comprend pas les chiffres ; or, c’est notre métier de les comprendre, il y a donc un problème, s’insurge Jean-Luc Flabeau. Nous avons écrit à la Cour des comptes le 8 janvier pour lui demander de se saisir immédiatement de l’évaluation des coûts engendrés par le projet de réforme des retraites, afin que les Français aient l’éclairage qu’ils méritent. Nous sollicitons également l’arrêt de la présentation du texte au Parlement tant que les chiffrages n’ont pas été établis par la Cour des comptes.» Pour la profession comptable, après le relèvement des seuils d’audit obligatoire, cette réforme des retraites sonne comme un coup de grâce…

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louis Louis