Lettre à mon maître de stage

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Lettre à mon maître de stage

(par Cyrille RECLUS, Président de l’ANECS)

Cher maître de stage,

Je me permets de t’écrire cette lettre suite à notre récente conversation sur la transition numérique du cabinet.

Comme je te l’ai déjà indiqué, je pense que nous sommes en train de vivre une véritable révolution. Il ne s’agit plus d’un simple effet de mode, comme l’a été la délocalisation de la tenue dans des pays étrangers. Cette fois-ci, nous parlons bien d’une automatisation totale des flux liés à la tenue comptable. Contrairement à ce que tu penses, il ne s’agit pas d’essais ni de technologies avant-gardistes, mais bel et bien d’un processus déjà enclenché depuis plusieurs années.

En plus de l’automatisation de la tenue comptable, de nouveaux acteurs arrivent avec leur propre business model où ce n’est plus l’expert-comptable qui établit la comptabilité mais le chef d’entreprise lui-même. Le cabinet n’a alors qu’un travail de révision à effectuer et les écritures d’inventaire à enregistrer. Bien évidemment, ces prestations sont fournies à des tarifs dérisoires comparés aux honoraires du cabinet. Cela modifiera ainsi profondément la relation que nous entretenons avec nos clients.

Ce cap, vers lequel nous nous dirigeons inéluctablement, c’est tous ensemble que nous devrons le passer, salariés et associés. Nous, les stagiaires, devons monter en compétences et nous former sur d’autres domaines afin de proposer un service de qualité aux clients. Mais c’est à toi, en tant qu’associé, d’enclencher le processus, d’automatiser la tenue et de préparer les clients à ne plus payer pour des prestations à faible valeur ajoutée.

En effet, il ne faut pas voir ces changements comme une contrainte mais comme une opportunité. Cela nous permettra de libérer du temps sur des dossiers sans réel intérêt afin d’apporter un suivi et une plus-value à nos clients. Nous pourrons ainsi, par exemple, leur proposer des tableaux de bord, un accompagnement ponctuel pour la direction administrative et financière ou encore les accompagner personnellement sur leur bilan retraite et de façon générale sur la gestion de patrimoine. En outre, l’automatisation ne veut pas dire que le cabinet ne verra plus ses clients mais, bien au contraire, que nous pourrons les voir plus souvent, sur des problématiques différentes. La relation que nous avons avec eux est notre plus grande richesse et être dans le tout digitalisé serait par contre une erreur, car nous perdrions ce lien qui fait de notre profession le premier interlocuteur du chef d’entreprise.

Ce que je décris dans cette lettre, et ce contre quoi tu t’indignes, n’est la faute de personne. C’est simplement un processus auquel ont été confrontées d’autres professions et que l’expert-comptable doit aujourd’hui intégrer.

Ne vois dans cette lettre ni une critique, ni une leçon mais juste un cri du coeur qui n’a pour objectif que de pouvoir continuer à exercer le métier que j’aime et auquel nous dédions autant de notre temps.

Bien à toi.

Cyrille RECLUS
Président de l’ANECS

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